L'histoire du Prix d'Amérique : de 1920 à nos jours
Le Prix d’Amérique n’est pas une course comme les autres. C’est un monument, une institution, un morceau vivant de l’histoire du sport et de la France. Depuis plus d’un siècle, le dernier dimanche de janvier voit s’affronter à Vincennes les meilleurs trotteurs du monde. Retour sur une saga fascinante.
1920 : la naissance d’une légende
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la France veut rendre hommage à ses alliés américains. C’est dans cet élan de gratitude que naît le Prix d’Amérique, créé en 1920 par la Société d’Encouragement à l’Élevage du Cheval Français. La course est dotée de 100 000 francs — une somme considérable pour l’époque — et se dispute sur 2 500 mètres à l’hippodrome de Vincennes.
Le premier vainqueur s’appelle Pro Patria, un nom qui résonne comme un symbole. Dès ses premières éditions, le Prix d’Amérique s’impose comme l’épreuve reine du trot attelé, attirant les meilleurs sujets français et bientôt européens.
Les années pionnières (1920-1950)
Les trois premières décennies voient émerger les premiers grands champions. Amazone B remporte l’épreuve en 1929, marquant les esprits par sa classe. Mais c’est surtout l’après-guerre qui voit le Prix d’Amérique prendre une dimension nouvelle. La course s’installe dans le paysage sportif français, rivalisant en prestige avec les grands prix de galop.
La distance est portée à 2 650 puis 2 700 mètres, format qui deviendra définitif et qui contribue à forger l’identité unique de l’épreuve. Ces 2 700 mètres sur le grand circuit de Vincennes, avec sa côte finale impitoyable, sont devenus la mesure étalon du champion de trot.
L’âge d’or (1950-1980)
Les décennies d’après-guerre voient l’émergence de champions qui vont marquer l’imaginaire collectif. Gélinotte (1953, 1954, 1956) réalise un exploit remarquable en s’imposant à trois reprises. Roquépine (1966, 1967) enchante les foules par son élégance et sa puissance.
Mais c’est surtout Bellino II qui va bouleverser les codes. Vainqueur en 1974 et 1975, ce fils de prodige incarne une nouvelle ère du trot, plus rapide, plus athlétique. Les chronos s’améliorent, les méthodes d’entraînement évoluent, et le Prix d’Amérique devient un laboratoire de l’excellence hippique.
L’ère Idéal du Gazeau et Ourasi (1980-1990)
Impossible de raconter l’histoire du Prix d’Amérique sans s’attarder sur ces deux géants. Idéal du Gazeau, vainqueur en 1980, 1981 et 1982, est le premier triple lauréat consécutif de l’ère moderne. Sa domination sur la cendrée vincennoise est totale, presque insolente.
Puis vient Ourasi. Le “roi fainéant”, comme le surnomment ses admirateurs, réalise l’impensable : quatre victoires consécutives de 1986 à 1989. Un record qui tient toujours et qui pourrait bien ne jamais être égalé. Ourasi, c’est le trot à l’état pur : une puissance brute canalisée par un instinct de course phénoménal. Sa dernière victoire, en 1989, devant un Vincennes en délire, reste l’un des moments les plus émouvants de l’histoire du sport français.
L’internationalisation (1990-2010)
Les années 1990 et 2000 marquent l’ouverture du Prix d’Amérique au monde. Les champions scandinaves et italiens viennent de plus en plus nombreux défier l’hégémonie française. En 2001, c’est le choc : Varenne, le phénomène italien, s’impose avec une facilité déconcertante. Il récidivera en 2002, confirmant son statut de trotteur du siècle.
Cette période voit aussi l’évolution des dotations, qui atteignent des sommets, faisant du Prix d’Amérique la course de trot la mieux dotée au monde. L’épreuve est désormais diffusée dans le monde entier, consacrant Vincennes comme la Mecque du trot.
L’ère moderne (2010-2026)
Ready Cash (2011, 2012) ouvre la voie à une nouvelle génération de champions ultra-rapides. Bold Eagle lui succède avec un triplé spectaculaire (2017, 2018, 2019), rappelant les plus belles heures d’Ourasi. Face Brisée (2020, 2021) marque les esprits avec un doublé acquis dans des conditions pandémiques inédites.
Les chronos ne cessent de s’améliorer. Les méthodes d’entraînement, la génétique, la nutrition : tout concourt à repousser les limites du possible. Le Prix d’Amérique 2026 a confirmé cette tendance, avec un chrono proche du record absolu de la piste.
Plus qu’une course, un héritage
Au-delà des chiffres et des palmarès, le Prix d’Amérique est un héritage culturel. C’est une course qui unit les générations, qui se transmet de père en fils, qui fait vibrer des familles entières depuis plus d’un siècle. Chaque dernier dimanche de janvier, Vincennes devient le centre du monde du trot. Et cette magie-là, aucun chiffre ne pourra jamais la mesurer.