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Portrait : les grands drivers du Prix d'Amérique

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Portrait : les grands drivers du Prix d'Amérique

Dans le trot attelé, le driver n’est pas un simple passager. Il est le cerveau de la course, le stratège du sulky, celui dont les mains, le regard et l’instinct font la différence entre la victoire et la défaite. Le Prix d’Amérique a été marqué par des drivers d’exception, des artistes de la conduite dont le talent a traversé les époques.

Jean-Michel Bazire : le recordman absolu

Impossible de parler des grands drivers du Prix d’Amérique sans commencer par Jean-Michel Bazire. Avec ses multiples victoires dans l’épreuve reine, “JMB” est tout simplement le driver le plus titré de l’histoire de la course. Mais au-delà des chiffres, c’est sa longévité et sa régularité qui impressionnent.

Bazire est un stratège hors pair. Sa lecture de course est légendaire : il sait exactement où placer son cheval, quand temporiser, quand accélérer. Dans la dernière ligne droite de Vincennes, ses relances sont redoutables. Il possède ce don rare de sentir le moment exact où son cheval est prêt à donner tout ce qu’il a.

Entraîneur-driver, Bazire a la particularité de préparer lui-même la plupart de ses candidats au Prix d’Amérique. Cette double casquette lui confère une connaissance intime de ses chevaux que peu de rivaux peuvent égaler. Il connaît chaque tic, chaque préférence, chaque signal de son partenaire.

Jean-René Gougeon : l’élégance incarnée

Jean-René Gougeon a marqué l’histoire du Prix d’Amérique avec une élégance qui fait encore référence. Driver de la grande époque d’Ourasi, c’est lui qui était aux guides lors des quatre victoires consécutives du “roi fainéant” entre 1986 et 1989. Un exploit qui restera à jamais gravé dans le marbre du trot.

Gougeon était le contraire du driver spectaculaire. Pas de gestes brusques, pas de coups de fouet intempestifs : sa conduite était d’une fluidité remarquable, une conversation silencieuse entre l’homme et le cheval. Avec Ourasi, il formait un couple d’une complicité rare, presque télépathique.

Franck Nivard : le sens du timing

Franck Nivard fait partie de ces drivers dont le palmarès dans le Prix d’Amérique témoigne d’un talent exceptionnel. Son sens du timing est peut-être son arme la plus redoutable : il sait attendre, parfois dangereusement longtemps, avant de lancer son attaque dans la montée finale.

Sa victoire avec Ready Cash en 2011 reste un modèle du genre. Positionné loin derrière les leaders pendant toute la course, il a lancé son cheval dans une remontée irrésistible qui a fait exploser les tribunes. C’est ce type de course qui fait la légende d’un driver : un mélange de sang-froid, de courage et de confiance absolue en son partenaire.

Erik Adielsson : l’ambassadeur suédois

Quand Erik Adielsson a remporté le Prix d’Amérique avec Maharajah en 2014, il a prouvé que le talent de driving n’avait pas de frontières. Le Suédois, formé sur les pistes ultra-rapides de Scandinavie, a su adapter son style à la spécificité de Vincennes, montrant une intelligence tactique remarquable.

Adielsson représente la nouvelle génération de drivers internationaux qui n’hésitent pas à venir défier les Français sur leur terrain. Sa technique, très pure, très nordique — peu de mouvements parasites, une position parfaite dans le sulky — a impressionné les puristes vincennois.

Giampaolo Minnucci : le maître italien

Le nom de Giampaolo Minnucci est indissociable de celui de Varenne. L’Italien a piloté le plus grand trotteur de l’histoire vers deux victoires consécutives dans le Prix d’Amérique (2001, 2002). Sa conduite, d’une précision chirurgicale, était parfaitement adaptée au tempérament explosif de Varenne.

Minnucci incarnait la grande tradition italienne du driving : une position basse dans le sulky, des mains douces mais fermes, une capacité à sentir le rythme idéal de son cheval. Ses courses à Vincennes étaient des leçons de stratégie, étudiées et admirées dans le monde entier.

L’art du driving à Vincennes

Ce qui unit tous ces grands drivers, c’est leur connaissance intime de Vincennes. La piste parisienne demande un savoir-faire particulier : il faut gérer les montées et les descentes, anticiper les accélérations dans les virages, doser l’effort sur 2 700 mètres pour garder des réserves pour la côte finale.

Un bon driver à Vincennes, c’est d’abord un homme patient. Les courses se gagnent rarement devant. Elles se gagnent dans le placement, dans l’économie d’énergie, dans cette capacité à trouver la trajectoire idéale au milieu du peloton. Et quand le moment vient, dans les 500 derniers mètres, le grand driver sait exactement quel geste, quel mot, quel encouragement déclenchera la mécanique de victoire. C’est un art, tout simplement.

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